Allocution de rentrée 2009

Arne Robbe

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L'utopie n'est pas l'irréalisable, mais l'irréalisé


Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Pas facile en cette année académique 2009-2010 de trouver un sujet de discours de rentrée. Non pas que je manque à ce point d'imagination, mais plutôt par l'abondance des sujets possibles.

Commençons par les 10 ans du pacte de Bologne. Difficile d’en tirer des conclusions. Les objectifs fixés sont loin d'être atteints au niveau de l’harmonisation de l'enseignement, et les échanges Erasmus ne s’adressent qu’à une faible minorité d'étudiants.

Je pourrais également parler de la fusion. C’est normalement la dernière année de vie des FUNDP.  Nous saluons bien entendu l'extraordinaire travail des négociateurs, qui se sont employés à créer une nouvelle entité. L’ouvrage est loin d'être terminé et nous leur souhaitons bon courage. Et nous, étudiants des quatre universités, n’hésiterons pas à faire entendre notre voix. Nous avons d’ailleurs commencé à élaborer un nouveau conseil étudiant réunissant les quatre membres de la fusion et nous le ferons dans la transparence la plus totale. Cette fusion fera de nous une « grosse » université. Mais n’était-on pas mieux servi à l’épicerie du coin qu’à l’hypermarché ?

Cette fusion s'inscrit dans le cadre de Bologne. « Concurrence », « ranking », « taille critique », « parts de marchés », quel beau vocabulaire! À terme, on se dirige de plus en plus vers une marchandisation de l'enseignement. Nous sommes actuellement à une période de privatisation de divers secteurs et nous pourrions craindre qu’à long terme nous irons vers une privatisation de l'enseignement. De toute façon, en ce qui concerne la fusion, nous resterons vigilants même s’il est trop tard pour résister.

Résister...voilà que je trouve mon sujet. Rassurez vous, je n'ai pas l'intention de lancer une révolution. J'aurais bien trop peu d'espoir quant à sa réussite. Non, je veux parler du rôle de l'université dans la formation des étudiants. C'est l'éternelle question : faut-il former des professionnels, ou bien faut-il former des citoyens ?

Assurément, les étudiants sortant des facultés sont des professionnels bien formés. Qu’en est-il de l’engagement ? Certes, il existe par exemple l'aide aux sans papiers, la FUCID, le groupe Amnesty, l'EcoTeam ou les kots à projets tel le KapNord ou le Démocrakot (et j'en oublie certainement, qu’ils m’en excusent !) voilà de l’engagement. Tous font un excellent travail. Mais est-il suffisant ?

Le monde académique a un rôle primordial à jouer dans la citoyenneté. Nous entendons souvent dire que nous sommes les décideurs de demain. Mais sommes-nous assez formés à la citoyenneté? Dans le cadre de la nouvelle université, notre identité changera et peut-être même disparaîtra. Alors pourquoi ne pas insister à Namur  sur des valeurs à défendre, une compréhension et une ouverture sur le monde? Ouverture non seulement dans l'extra-académique, par le biais d'associations estudiantines ou autres, mais également ouverture au niveau académique. Ne sous-estimez pas l'impact que vous, professeurs, pouvez avoir sur vos étudiants. Nous sommes fortement marqués par l'université par laquelle nous passons. A vous de nous donner le goût de l'engagement, l'esprit critique dont nous manquons trop souvent, l'éthique  qui est primordiale, l'envie de réagir face à tous les problèmes qui nous entourent - et ils sont nombreux! Et à nous étudiants d'être réceptifs à ce que vous nous enseignez, et d'agir en conséquence.

N'hésitons pas à rêver et être créatifs. Rêver, créer tout en sachant rester réaliste, voilà je pense le bon cocktail pour les futurs acteurs de demain.

En conclusion, mon message est simple. Nous vivons dans une Europe qui, à mon sens, manque d'engagement citoyen. Alors à nous, étudiants comme professeurs, de faire en sorte que cela change. Peut-être pensez-vous que c’est utopique et je répondrai par une citation de Théodore Monod : « L'utopie n'est pas l'irréalisable, mais l'irréalisé ».


Arne Robbe
Président de l'Assemblée générale des Étudiants des FUNDP