Allocution de rentrée 2008

 

Le financement de l’enseignement, élément reproducteur des inégalités sociales ?

 

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

 

C’est toujours un bonheur immense pour l’Assemblée générale des étudiants, dont je suis issu, de se joindre aux autorités de notre institution pour vous exprimer tous nos vœux de réussite à l’occasion de l’année nouvelle.

Je ne voudrais pas entamer cette allocution sans féliciter au préalable les ex-rhétoriciens pour leur nouveau destin. Ils sont près de mille-cinq-cents cette année et je les sais impatients de découvrir toutes les joies de la vie universitaire, tant académique qu’extra-académique. En effet, comme l’ont dit mes prédécesseurs, l’université ne se résume pas seulement à ingurgiter des syllabi. Et heureusement ! Aux FUNDP, vous pourrez découvrir toute une série d’activités festives, culturelles et politiques. Cette animation n’existerait pas sans la mobilisation de centaines d’étudiants au sein de leur cercle, leur kot-à-projet ou encore leur régionale. Au nom du Bureau AGE, je souhaite remercier tous ceux qui se mobilisent pour donner vie à notre campus !

Par ailleurs, permettez-moi de saisir l’occasion qui m’est donnée pour aborder un thème auquel l’Assemblée générale des étudiants (mieux connue sous l’AGE) attache une attention toute particulière : le coût des études.

Je commencerai par faire un bref état de la situation pour ensuite en analyser les causes. J’en terminerai par vous donner la position du Bureau AGE.

Le coût des études

Le coût des études alimente nombre de mes craintes personnelles, étant donné ma condition d’étudiant d’une part et vu ma fonction au sein de l’AGE d’autre part. Il constitue encore une barrière infranchissable pour de nombreuses couches de la population. En témoigne, une récente enquête menée par la Fédération des Etudiant(e)s Francophones, la FEF, à laquelle l’AGE est affiliée. Elle met en exergue une hausse généralisée du coût des études supérieures en Communauté française de Belgique. Selon cette étude, l’étudiant débourserait entre 7200 et 12000 euros par an pour financer ses études. Ces chiffres incluent le minerval, les livres, la connexion internet, le logement, les transports en communs, l’alimentation et les soins de santé. Les économistes remarqueront que le coût d’opportunité des études n’y est pas comptabilisé, auquel cas la facture serait multipliée par deux ou trois.

Le coût des études, sélection naturelle ou injustice artificielle ?

L’enseignement supérieur devient tellement coûteux que même les familles les plus chanceuses se voient contraintes d’augmenter le budget attribué aux études de leurs enfants. Pour les autres malheureusement, les études demeurent un luxe inabordable, au même titre que l’acquisition d’une voiture de sport ou d’une villa au soleil. Le prix à payer pour étudier éloigne donc de manière inconditionnelle les classes sociales les moins favorisées du monde de la découverte, de la recherche et plus largement de l’universalité.

J’ignorais, Mesdames et Messieurs qu’une classe sociale pouvait s’accaparer ainsi le monopole de la connaissance ! Là où l’université devrait mettre en avant une élite intellectuelle, le système en place y favorise l’accès d’une élite sociale…

Le financement de l’enseignement comme origine de cette discrimination ?

L’analyse des causes de cette situation met en évidence un autre dysfonctionnement de notre système éducatif : le financement de l’enseignement.

Certains qualifient celui-ci de sous-financé, d’autres de mal financé. Personnellement, je le considère sous-financé et mal financé à la fois.

Si l’on peut aisément comprendre la corrélation entre sous-financement par les pouvoirs publics et coût élevé pour les personnes privées, le mauvais financement mérite quant à lui quelques explications.

L’enseignement est mal financé parce que la méthode de l’enveloppe fermée, attribuant une somme globale répartie entre les universités de Communauté française de Belgique au prorata de leur nombre d’étudiants, est lourde de conséquences. En particulier vu l’augmentation, heureuse, du nombre d’étudiants et l’intégration de certains cursus. Ce système crée une concurrence entre établissements, ôtant ainsi toute noblesse aux institutions universitaires, parce que réduites au simple statut d’entreprises commerciales. Pour drainer toujours plus de fonds, les universités se voient forcées d’accepter et d’attirer le plus d’étudiants possible. S’en suit une marchandisation de l’enseignement avec toute une série de conséquences néfastes sur la qualité des cours dispensés. Les économies d’échelles sont légions. Et pourtant, quel bon professeur oserait prétendre en l’efficacité des économies d’échelles en matière d’enseignement ?

Il serait inutile d’énumérer tous les dysfonctionnements liés au mode de financement de nos universités ; ces quelques faits illustrent à eux seuls parfaitement le message que je souhaite faire passer aujourd’hui.

Mesdames et Messieurs les Ministres, l’enseignement est gravement malade, il souffre d’une pathologie chronique. Je vous appelle à endosser les responsabilités qui sont les vôtres : rendez à l’enseignement la noblesse qui doit être la sienne en lui offrant un financement digne des missions qui lui sont dévolues !

 

En outre, j’attire l’attention de chacune et de chacun d’entre nous. La formation que reçoivent les jeunes déterminera les couleurs de la société de demain, la vôtre et la mienne. Alors, je me permets de poser cette question : quel avenir souhaitons-nous ? Voulons-nous d’une société divisée et atrophiée ?

Personnellement, je rêve d’un monde où la mixité culturelle, sociale et intellectuelle serait une réalité harmonieuse. J’imagine une société dans laquelle le fils de l’universitaire côtoie celui de l’ouvrier aussi bien à l’école technique qu’à l’université.

Nombreux sont ceux qui me taxeront d’idéaliste, mais c’est pour moi une excellente manière d’éveiller les consciences. Ne laissons pas d’autres décider de notre sort ; agissons, signons des pétitions, manifestons nos opinions et surtout prenons du recul par rapport à ce système de pensée qui nous formate tant…

Ayons foi en nos convictions. Deux-mille-neuf, année des élections régionales et communautaires sera l’année de tous les défis mais également de tous les possibles, j’en suis convaincu !

Merci de votre attention.

 

Edouard Dieudonné
Président de l’Assemblée générale des étudiants des F.U.N.D.P.

 

Copie du discours