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La nécessité de la liberté d'accès à l'enseignement pour les nouveaux débats démocratiques
Madame, Monsieur,
Il est vain de constater à nouveau le vide démocratique rencontré chez les étudiants et dans le reste de la population. L'enracinement de l'extrême droite dans le paysage politique européen, le très faible taux de participation aux élections dans les pays où le vote n'est pas obligatoire et le désinvestissement des "Jeunes" dans les groupements de notre société pilarisée en sont des signes criants. Il est temps de prendre les mesures qui s'imposent pour passer d'une démocratie représentative à une démocratie participative. L'AGE compte rentrer dans ce mouvement en prenant part aux débats politiques par l'intermédiaire de ses délégués de cours.
Pour mener à bien cette initiative, je demande au corps professoral de ne pas lancer les élections des délégués de cours dans la première semaine afin que le bureau de l'AGE puisse clairement expliquer aux candidats l'engagement que représente une participation active dans un groupe de réflexion. Pour permettre ce travail démocratique au sein de la communauté estudiantine, l'AGE éditera un périodique qui relatera entre autres les décisions de tous les groupes de travail et de réflexions. Par ce biais, nous espérons que les étudiants se sentiront plus concernés par leur entourage, et par conséquent s'investiront plus.
Il est important que ce genre d'initiative prennent corps. En effet, de nouveaux débats de société sont en gestation.
Ils tiennent notamment aux progrès de la génétique et des techniques de l'information. Des créneaux où les universités jouent un rôle primordial. Ces découvertes amèneront sans conteste une source intarissable de bienfaits pour l'Humanité. Mais si les citoyens ne sont pas à même de faire leur propre examen de conscience afin d'influencer les décisions à prendre, il y a fort à parier que des dérives feront leur apparition.
C'est pourquoi la communauté universitaire toute entière devra s'ouvrir pour diffuser son savoir à l'ensemble de la population et non pas le réserver aux seuls experts. Ces sujets sont trop importants pour les laisser uniquement entre les mains de la communauté scientifique.
En bénéficiant de l'information privilégiée de nos chercheurs, tout un chacun sera prêt à répondre aux demandes pressantes de certains secteurs d'activités en ne cédant ni aux peurs irrationnelles, ni aux autres contraintes. Financières, par exemple.
Des employeurs ont déjà refusé d'engager des personnes ayant un risque de développer une maladie héréditaire après avoir étudier leur bagage génétique.
Certaines personnes du milieu médical s'inquiètent de l'utilisation abusive des techniques de l'information dans les dossiers des patients.
La culture de colza génétiquement modifié a été lancée en Europe sans respecter le principe de précaution si élémentaire dans ce genre d'expérience.
Comme vous le savez tous, la liste de ces différents débats éthiques en cours et à venir est encore longue.
Toutefois, ces trois sujets complexes montrent bien la nécessité de généraliser les programmes de cours à horaire décalé (le programme FASEG en faculté d'économie ainsi que celui de la faculté d'informatique) et les programmes plus spécifiques tels que ceux de l'UTAN.
Ainsi, l'Université contribuera à l'évolution de ces nouveaux débats démocratiques, tout en mettant en valeur les capacités de ses chercheurs. Mais aussi, elle répondra aux exigences économiques et sociales.
En effet, l'activité professionnelle devenant un élément de moins de moins structurant dans la vie quotidienne, du temps libre à occuper par d'autres activités se crée. L'enseignement sera sans conteste l'une de ces activités. De plus, les parcours professionnels sont de plus en plus mouvants et demandent une faculté d'adaptation telle que parfois une mise à niveau devient nécessaire.
L'enseignement francophone dans son ensemble sera également amené à accentuer davantage ses efforts sur les échanges linguistiques, jusqu'ici trop souvent réservés à une minorité. Ceux-ci permettront la rencontre de cultures différentes et d'accroître le degré de formation de la population. Il faut savoir ce qu'on veut. Créer une élite jalouse de son capital culturel et par la même de son pouvoir ou favoriser l'émancipation de tous par la connaissance des langues étrangères.
Il faut bien se rendre à l'évidence que la société occidentale en l'état actuel des choses a tout à gagner à se composer de citoyens suffisamment qualifiés et compétents.
En conséquence, il faut se résoudre à abolir toutes les entraves à la liberté d'accès à l'enseignement telles que les numerus clausus et les minervals prohibitifs voire illégaux dans le chef d'une bonne part des Hautes Écoles.
Il faudra aussi se poser certaines questions sur les taux d'échecs préoccupants de première candidature. Se contenter de sélectionner les plus brillants étudiants et les élèves prometteurs n'a rien de glorieux en soi. Au contraire, l'enseignement, et donc l'université, existe pour dispenser un savoir pour tous qui socialise et rend apte à établir un projet de vie personnel. Il est trop facile d'exclure un élève ou un étudiant du rang parce qu'il a commis un acte de délinquance ou en raison d'un échec scolaire.
Malheureusement, il est bien difficile d'atteindre un objectif aussi ambitieux quand on a devant soi un auditoire de 400 personnes ou quand on n'a pas été soi-même suffisamment formé à la manière de donner cours.
Cela demandera des moyens à la Communauté Française ce qui aura pour conséquence un refinancement de celle-ci, c'est certain, mais la nécessité est là et les retombées seront à la hauteur de nos espérances.
C'est pourquoi la Fédération des Etudiants Francophones à laquelle l'Assemblée Générale des Etudiants adhère continuera ses actions pour accomplir un projet de société durable basé entre autres sur la liberté d'accès à l'enseignement.
En marge de ces débats politiques, l'Assemblée Générale des Etudiants continuera son travail de soutien et de coordination aux activités des cercles et des kots à projets qui permettent d'approfondir l'intégration des étudiants dans le campus, d'apprendre à construire des projets en équipe et de pouvoir mieux passer d'une force de protestation à une force de proposition.
Je vous remercie de votre attention et vous souhaite une très bonne rentrée académique.
Paul Pirson,
Président de l'Assemblée Générale des Étudiants