Allocution de rentrée 1999

ATTENTION : Ce texte, obtenu par OCR, est susceptible de présenter quelques différences avec la version originale !


Madame,
Mademoiselle,
Monsieur,


Cette nouvelle année qui s'ouvre aujourd'hui est, à bien des égards, une année importante. Non pas parce qu'elle assistera au terrible Bug ni même parce qu'elle sera la dernière du millénaire mais bien parce qu'elle est, entre autre, une année de changements.

Changements de personnes tout d'abord, d'homme pour ce qui est de notre institution.

Changements aussi, au lendemain du 13 juin dernier, d'exécutifs et de politiques. Davantage de femmes, et c'est heureux, notamment aux rênes de l'enseignement supérieur.

Certains accueillent ces changements comme une immense victoire, d'autres se sentent soulagés que ce ne soit pas pire, d'autres encore les appréhendent comme un terrible malheur. Nous pensons en tout cas qu'il n'y a pas lieu, du moins pour l'instant, de porter ce genre de jugement. De même, nous rejetons fermement l'idée selon laquelle ces changements de majorité ne pourraient faire que du tort à une université catholique qui plus est Jésuite; et cela parce que nous croyons au bon sens de tous, particulièrement lorsqu'il s'agit d'enseignement, au sens large du terme, et pas seulement le nôtre, celui de nos concurrents — le mot est triste mais réel — aussi.

Les étudiants l'ont déjà tant de fois répété, un enseignement de qualité, à tous les niveaux, ne peut être qu'un excellent vecteur de changement de société.

Nous accueillons donc avec beaucoup d'espoir la déclaration gouvernementale et ce premier pas qu'est le retrait annoncé de la mesure "bisseurs-trisseurs" dans le cadre d'une réelle promotion de la réussite ainsi que, le maintien du libre accès, l'amélioration de la politique des bourses d'études qui se fera, nous l'espérons, en faveur des gens qui en ont vraiment besoin.

Tout le monde constate que le problème de l'échec à l'université, essentiellement en première candidature, est lié, pour une part importante, à la formation donnée dans le secondaire. Les exigences de l'université n'ont guère changé depuis longtemps, et c'est tant mieux — bien que tout n'y soit pas rosé. Par contre le secondaire a dû, forcé et contraint, revoir les siennes à la baisse; les mettre quasi au rabais.

Quand poserons-nous honnêtement toutes ces questions si souvent éludées :

  • La formation pédagogique, universitaire, des futurs enseignants est-elle suffisante ?
  • Que va-t-on faire pour gérer les désillusions de tous ces étudiants en médecine qui, en fin de candidature, connaîtront le premier effet du numerus clausus ?
  • Est-il nécessaire d'avoir un enseignement obligatoire jusqu'à 18 ans ?
  • Est-ce normal que les élèves en décrochage finissent par atterrir dans les classes professionnelles qui, contre leur gré et celui de leurs enseignants, deviennent des poubelles de déjà ex-élèves ?

On demande énormément aux écoles secondaires. Donnons leur les moyens de former tout le monde à un avenir où il se sente bien — c'est finalement là l'important — démystifions la formation universitaire comme summum absolu et revalorisons les autres filières. Pourquoi l'université ne pourrait-elle pas se battre plus qu'elle ne le fait, mieux qu'elle ne le fait pour améliorer le système éducatif dans son ensemble sans, égoïstement, ne se soucier uniquement d'elle !

Bien sûr au travers de cette problématique, toujours la même question, celle du financement. La première chose à faire — restant tout à fait dans le domaine du possible — ce sont des économies. Pas des économies comme celles qui ont été faites dernièrement car, il y a à tant d'endroits, un gaspillage énorme justifié par des raisons philosophiques obsolètes, par des querelles entre niveaux de pouvoirs, par des pratiques contestables et par un non-courage politique.

Ici aussi nous croyons qu'un courage politique, un vrai, et que du bon sens permettront un jour des changements autres que ceux, j'allais dire à la petite semaine, je dis, des petits mandats. Courage donc madame la ministre ainsi qu'à vos collègues pour cette lourde tâche; mais quel beau défi !

D'autres défis existent et nécessitent un regard tout particulier. En effet, bien que de plus longue date, il y a des changements chez beaucoup d'étudiants dans la manière de vivre l'université.

Partout, à Bruxelles, Gembloux, Liège, Louvain-la-Neuve, Mons et Namur le même constat préoccupant. De plus en plus d'étudiants, heureusement pas tous, fuient les rencontres culturelles, désertent les lieux de réflexion, ne s'investissent plus que très peu autour de projets à long terme. Leurs préoccupations sont claires - eux-mêmes l'avouent franchement : les cours stressants, et la guindaille déstressante. La recette est séduisante et pourrait être bonne mais on constate cependant que les résultats n'ont pas sensiblement changé et que la guindaille devient de plus en plus dure, la bière fait place à des alcools forts et la drogue est une réalité quotidienne; et pas le seul cannabis.

Cette problématique, symptôme évident d'une société désenchantée, est difficile à gérer parce qu'elle met en question la liberté de chacun. Elle n'en reste pas moins triste. Les étudiants ont décidé de prendre certaines mesures sur le campus dont celle de limiter le taux d'alcool à 12,5 %. Mais, on ne réglera pas tout en mettant uniquement des limites, si agréables à transgresser ! Le bureau de l'Assemblée Générale des Etudiants de cette année attachera à ces questions une attention particulière et compte bien en parler autour de lui en faisant, entre autres, le tour des auditoires de première candidature au début de l'année pour se présenter d'une part et pour essayer, humblement, d'amorcer un changement de mentalité. Bien sûr, les études doivent rester la priorité, mais il n'y a pas qu'elles et certainement pas que la guindaille en complément. Alors, à tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, peuvent faire passer ce message, d'avance nous disons merci.

Quelques mots enfin à propos du programme des activités prévues cette année. Cela débutera bien évidemment par les fêtes de rentrée avec en point d'orgue l'avant-première nationale du film belge palmé à Cannes « Rosetta ». Fin octobre, les étudiants se transformeront le temps du festival culturel en nobles seigneurs et gentes dames. En effet le campus vivra au rythme du moyen âge. Quant aux Journées Universitaires du Monde, prévues en mars, elles accueilleront cette année les Philippines. D'autres événements viendront encore animer le site mais n'en dévoilons pas trop...

Au nom de l'Assemblée Générale des Étudiants, je terminerai avec ces quelques mots de Brel que je fais miens :

Je vous souhaite des rêves à n'en plus finir et l'envie furieuse d'en réaliser quelques-uns.
Je vous souhaite d'aimer ce qu'il faut aimer et d'oublier ce qu'il faut oublier.
Je vous souhaite des passions.
Je vous souhaite des silences.
Je vous souhaite des chants d'oiseaux au réveil et des rires d'enfants.
Je vous souhaite de résister à l'enlisement, à l'indifférence, aux vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite surtout d'être vous.

Et plus simplement, je vous souhaite une excellente année académique.

Je vous remercie pour votre attention.


Samuel BATTEUX,
Président de l'A.G.E.